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Le mot de la Vice-Première Ministre et Ministre de l'Emploi et de l'Egalité des Chances Laurette Onkelinx

La fête de l'Internet : Nouvelles technologies de l'information et Egalité des chances

Informatique, internet, E-mail, WAP, websides…tous ces mots font de plus en plus partie de notre quotidien , au travail, à la maison, à l'école, dans le commerce… On parle constamment de la nécessité de s'adapter à un nouveau monde avec : une e-économie, un e-business, un e-travail, des e-formations. Ainsi on pressent et on se prépare à une transformation de nos sociétés.

A l'occasion du sommet de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000, les Etats membres de l'Union européenne se sont engagés à promouvoir le développement de ces nouvelles technologies dans un processus favorisant l'intégration et la cohésion sociale. Dans le domaine de l'égalité, des objectifs de taux d'emploi des femmes et de réduction de la ségrégation professionnelle font également partie des engagements pris à cette occasion.

Le sommet a pris corps à partir de cette interrogation : comment l'Europe peut-elle se déployer dans ce nouveau contexte, appuyé par une nouvelle économie porteuse de croissance et d'emplois et soutenue par un modèle social performant?

Nous n'avons pas tardé à entamer la réflexion. En effet, nous avons mis en place une Conférence intergouvernementale pour que d'une manière transversale, la Belgique se prépare à cette évolution irréversible.

Les leçons de notre histoire ont servi : on s'était mal préparés aux dernières évolutions de nos sociétés : d'une économie axée sur l'industrie, elles ont progressivement adopté un profil plus tertiaire… ce qui a provoqué des chocs sociaux importants. Nous entrons aujourd'hui dans une nouvelle phase de transformations qui prend la forme de la "société de la connaissance" C'est une opportunité qu'il faut saisir avec ambition et maîtrise.

Tout va très vite… il suffit de constater l'utilisation croissante des nouvelles technologies de l'information et des télécommunications : Internet a enregistré une augmentation exponentielle de ses utilisateurs : de 300.000 le nombre est passé à 1.350.000 entre mars 1999 et mars 2000. On parle de 3.750.000 connexions d'ici 2002 essentiellement par les particuliers. Un tiers de la population belge serait ainsi connecté à Internet.

Il faut donc sans délai relever le défi, pour que les nouveaux développements qui vont toucher notamment nos modes de vie, de travail, d'organisation, de commerce soient porteurs d'un bien-être social pour tous nos concitoyens.

On sait aussi que beaucoup d'entre nous n'y ont pas accès, voire s'y sentent dépassés et déconnectés. Pour éviter la "e-exclusion", il faut en démocratiser l'accès aux nouvelles technologies, les intégrer dans tous les secteurs d'activité, et généraliser la formation.

Les nouvelles technologies de l'information sont un enjeu essentiel que la Belgique ne peut pas rater et qui doit être envisagé dans l'ensemble de ses composantes et répondre aux objectifs :

  • économiques
  • d'emploi et de conditions de travail
  • de cohésion sociale

C'est dans ce sens, que le Ministre de l'Economie et moi-même avons pris une initiative qui touche plus particulièrement les aspects particuliers relatifs à l'emploi et à l'économie.

En ce qui concerne l'emploi, j'ai souhaité que 4 axes soient examinés, bien entendu en concertation avec les interlocuteurs sociaux:

  1. Il est indispensable de soutenir une création d'emplois diversifiés au travers de la société de l'information. La croissance économique générée par les nouvelles technologies de l'information doit permettre une création importante d'emplois de tous niveaux. Ces emplois doivent donc pouvoir bénéficier à tous : qualifiés et moins qualifiés.
  2. Je suis particulièrement attentive à ce que l'organisation du travail de ce nouveau secteur soit respectueuse de la qualité des conditions de travail de tous. A cet égard je rappellerai la contribution belge au sommet de Lisbonne qui mettait en évidence que "ces nouveaux emplois différeront significativement des emplois traditionnels. De bons standards sociaux et une protection sociale adéquate sont nécessaires pour rendre ces emplois attractifs". Des règles devront être établies quant à ces standards sociaux et à cette protection sociale, sans pour autant que ceux-ci nuisent au développement de la croissance économique. Il s'agit que les nouvelles formes de travail améliorent la qualité de vie tant dans le travail qu'en dehors au travers des nouvelles technologies.
  3. Favoriser la formation aux nouvelles technologies est devenu indispensable. Celle-ci doit bénéficier à tous, travailleurs jeunes et travailleurs âgés, travailleurs peu qualifiés et travailleurs qualifiés et s'inscrire dans le concept de formation tout au long de la vie.
  4. Notre pays dispose d'un potentiel élevé, actuellement sans emploi, pouvant répondre à moyen terme aux besoins nouveaux des entreprises. Il s'agit d'établir des systèmes de formations spécifiques permettant l'insertion socio-professionnelle de ce public.

Pour répondre à ces priorités, le Gouvernement a accepté la création d'un Fonds visant au développement de la formation qualifiante dans le domaine des nouvelles technologies pouvant permettre de soutenir l'adéquation indispensable entre l'offre et la demande d'emploi.

D'autre part, des recherches universitaires sont déployées pour cibler mieux les niches d'emploi et donc les investissements à privilégier. En ce qui concerne l'Egalité des Chances, je me réjouis que dans le cadre du suivi de Pékin +5, le Gouvernement fédéral s'est engagé à définir par département, un objectif stratégique à réaliser en matière d'égalité.

C'est ainsi, que dans mes compétences de l'Emploi, j'ai choisi comme objectif à réaliser l'accès des femmes aux nouvelles technologies. De plus, j'ai proposé ce sujet comme prioritaire lors de la première réunion de la Conférence interministérielle sur l'égalité qui s'est tenue le 14 novembre dernier avec l'ensemble des Ministres en charge de l'égalité dans les différents niveaux de pouvoir. Un groupe de travail commencera, dès ce mois, des réflexions quant aux actions à mener en complémentarité, notamment par rapport à l'enseignement, la formation et l'insertion professionnelle, l'équipement, le soutien à la création d'entreprises, le soutien à la création de réseaux, la sensibilisation des travailleuses et futures travailleuses, la sensibilisation des employeurs et des partenaires sociaux, etc,…

En effet, on constate en Belgique, que dans les faits, l'utilisation et la maîtrise de ces nouvelles technologies restent encore fortement masculinisées. Moins de 30% des internautes belges sont des femmes. Les entreprises du secteur des NTIC ne comptent que 17% de femmes. Si l'on exclut les fonctions de soutien, elles sont encore moins nombreuses et occupent bien souvent les postes les moins qualifiés.

L'obstacle le plus important semble être culturel. Afin de renforcer la présence féminine dans le secteur des TIC, il faut sensibiliser tant les femmes que les employeurs. D'une part, il faut veiller à ce que ces derniers, qui mettent en avant la difficulté de trouver du personnel qualifié, soient prêts à faire une place à des femmes dans leurs entreprise. D'autre part, il faut agir vers les femmes pour qu'elles envisagent d'emprunter la voie de formations et professions dans les filières technologiques, au delà de la simple maîtrise de la bureautique, comme la gestion de réseaux, la programmation, les télécommunications.

Soulignons encore que, outre le risque du renforcement de la ségrégation professionnelle au niveau de certains secteurs et au niveau de certaines fonctions, le danger encouru par suite d'une mauvaise représentation des femmes dans les NTIC est tout simplement un risque social qui consisterait à les placer dans la catégorie des "info-pauvres ". C'est aussi, et peut-être surtout, pour lutter contre une menace de fracture sociale et numérique qu'il faut créer un lien évident entre les femmes et les nouvelles technologies et ce, en restant attentif à la qualité des emplois créés.

Etant donné l'importance de la tâche, il est essentiel que les autorités fédérales et fédérées œuvrent de façon concertée et cohérente afin d'affirmer le lien entre Femmes et Nouvelles Technologies.

Il faut donc saisir l'opportunité de cette conférence interministérielle consacrée à l'égalité des chances pour lancer des réflexions et renforcer les actions vers les femmes en ce qui concerne : la sensibilisation aux NTIC, la formation en matière de NTIC, l'insertion professionnelle dans ce secteur, le soutien à la création d'entreprises, le soutien à la création de réseaux autours des NTC, ….

Enfin, je souhaite rappeler que les nouvelles technologies ne concernent pas que l'emploi. Il s'agit d'un enjeu plus large qui touche à la citoyenneté et à la participation à la démocratie, notamment dans le cadre de l'accès aux services publics, via les guichets électroniques.

Pour cela l'enjeu fondamental des nouvelles technologies réside aussi dans le succès des actions visant à éviter les risques de décalage, par exemple pour les personnes plus âgées, et de fracture sociale, notamment des plus défavorisés.

Sans cela, nous risquons de passer à côté de cette extraordinaires opportunité : que les nouveaux développement soient porteurs d'un mieux-être pour tous les citoyens.

Laurette Onkelinx
Vice-Première Ministre, Ministre de l'Rmploi et de l'Egalité des Chances

 

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